[Dossier] Dark Crystal : heroic-fantasy synthétique – Partie 2

Notre première partie était consacrée majoritairement aux étroits rapports qu’entretenait Age of Resistance avec Game of Thrones et à son inscription originale dans le paysage de l’heroic-fantasy contemporaine par son esthétique atypique. Il apparaissait dès lors pertinent de faire un focus sur la reprise de motifs stylistiques et philosophiques propres à l’univers de Tolkien et donc, par extension, de la trilogie filmique du Seigneur des Anneaux. Dark Crystal tire sa richesse d’une combinaison harmonieuse de ces différentes tendances, qui amèneront à la considérer comme une grande synthèse, parfaitement négociée, des canons contemporains du genre. Si sa violence graphique et psychologique, tout comme ses efforts à l’encontre d’un manichéisme trop simpliste rapprochaient la série de l’oeuvre de Georges R.R. Martin, sa mise en image et son lent glissement vers une morale et une narration plus tributaires du conte en font un droit héritier du chef-d’oeuvre de Peter Jackson.

Cela commence avec une approche de la mise en scène éminemment postmoderne. La caméra semble indépendante des contraintes physiques d’un lieu, de l’espace où l’action prend vie. Elle mime le point de vue d’un spectateur explorant un parc d’attraction pour un effet à la fois vertigineux et informatif. La multiplication infinie des points de vue propre au cinéma postmoderne, où une caméra numérique omnisciente permet de capter une scène sous les angles les plus fous et impossibles et d’en offrir une vision globalisante et complète, se manifeste de long en large dans Age Of Resistance et place la série en étroite interconnexion avec le SDA. Ce filmage, bien loin de ne se limiter qu’à de la virtuosité gratuite, est en premier lieu facteur d’immersion dans un univers fantastique aux richesses infinies, point qui avait déjà été évoqué dans la première partie du dossier.

L’on se souviendra par exemple de ces longs travellings verticaux ascendants totalement irréalistes d’un point de vue logistique qui partaient de la base de la tour de Barad-dûr pour arriver à son sommet dans La Communauté de l’Anneau. Au lieu de poser le décor avec avec un plan large fixe Jackson rendait, par cette révélation graduelle de l’édifice, une sensation de gigantisme sidérant. Age Of Resistance présente la même appréhension de l’espace, qu’il s’agisse par exemple de la bibliothèque dans laquelle Brea s’abreuve de connaissances ou du château menaçant des Skeksès. Dans le premier cas, l’importance capitale et la magnificence de ce lieu de savoir sont directement traduites par son exploration verticale : il est justement propice à l’élévation au sens spirituel du terme. La mise en scène ne dessine donc pas ces arabesques dans une seule visée de sidération esthétique. Elle donne corps aux thématiques à l’oeuvre au sein d’une séquence, ici en l’occurrence l’éclaircissement des esprits face à l’obscurantisme.

Cette caméra planante et parfois virevoltante produit également des effets de pathos, où est privilégiée l’ évocation du caractère grandiose d’un état purement émotionnel. Une séquence superbe est illustrative de ce concept, à savoir l’invocation par Aughra du « chant de Thra » auprès d’un arbre sacré aux feuilles roses. L’objectif esquisse d’amples mouvements à nouveau ascendants et circulaires qui semblent vouloir transcender ce qui est représenté afin de saisir la présence d’une force supérieure, répliquant picturalement les idées de transe et de communion avec la Nature. La caméra danse littéralement avec Aughra dans cette célébration empathique de Thra, qui prend dès lors la forme d’une entité divine palpable qui sous-tend et influe constamment le destin des personnages. Ces formes de représentation permettent de tisser un lien avec Tolkien et son Silmarillion, prélude au SDA. Il y racontait que la Terre du Milieu était régie par une divinité du nom d’Eru Illùvatar sur qui l’équilibre du monde reposait et dont l’hégémonie sereine ne serait contrariée par Sauron que bien plus tard.

Bien que cette puissance ne soit pas explicite dans la trilogie de Jackson, elle faisait néanmoins son apparition lors de quelques séquences. L’invocation par Gandalf de la Flamme D’Anor lors de son affrontement avec le Balrog, où il s’affirme défenseur du Feu Secret, apparaît comme une référence à Illùvatar. Une manifestation bien plus concrète encore se présentait lors du retour du même personnage en Gandalf le Blanc. Une séquence quasi psychédélique le montrait rappelé par Illùvatar, symbolisé par une lumière blanche aveuglante, figuration traditionnelle d’un Créateur. Dans Age Of Resistance, Aughra et les Mystiques apparaissent également comme des messagers envoyés par Thra pour guider les simples mortels dans leur combat contre les forces du Mal et donc comme les intermédiaires entre une réalité spirituelle et une autre terrestre. Ces interventions divines ancrent d’ailleurs davantage la série dans une logique narrative symbolique et l’affranchissent, essentiellement dans sa deuxième partie, de ses premières tendances réalistes empruntées à Game Of Thrones.

Avec son apparition dans le récit et sa volonté de réunifier les peuplades de Thra, le personnage d’Aughra aplanit volontairement les ambiguïtés dessinées par la représentation non manichéenne des Skeksès et par la mise en scène de conflits familiaux chez les Gelfling. Ce glissement s’opère cependant de manière fluide et ne choque pas le moins du monde. Notamment grâce, là encore, à un travail de mise en scène qui épouse parfaitement son sujet, la dichotomie plus affirmée entre forces antagonistes étant racontée visuellement. Les Skèksès occuperont le cadre de manière désordonnée lors de leurs interactions tandis qu’une caméra perpétuellement mobile s’ingéniera à orchestrer des travellings avants brutaux et véloces sur leurs faciès terrifiants. A contrario, les Gelfling, une fois passés outre leurs différends, seront souvent disposés en cercle dans la scénographie, notamment lors de séquences d’hommage aux morts ou de « rêverie » collective. À l’agitation forcenée, symbole d’un opportunisme individualiste sans frontières, répond ainsi un sens fédérateur de la communion interpersonnelle.

Ces moments de solidarité mettent d’ailleurs en exergue une philosophie héritée, une fois n’est pas coutume, de Tolkien et de la trilogie filmique du SDA. Le rapport de force disproportionné entre Skeksès et Gelfling étant établi, chaque personnage d’Age Of Resistance accomplit de très petites actions à son échelle qui relèvent d’un combat cosmique plus large. Tout comme les films de Jackson, et ce malgré des séquences qui mettent en exergue les facultés étourdissantes de ses héros, les valeurs prônées ne relèvent jamais d’une glorification de la guerre ou d’une mort honorable face à un oppresseur bien plus puissant. Dès l’origine chez Tolkien, la victoire ultime est bien plus une victoire morale et spirituelle qu’une victoire physique. Elle prend racine dans un élan altruiste qui suppose la mise à l’écart de ses préoccupations égoïstes pour accomplir la « bonne » chose à faire d’un point de vue éthique. Dans cette optique, ce n’est pas un hasard si Aughra met en garde Fara de risquer une guerre ouverte et lui conseille de fuir avec son peuple.

Les élans guerriers sont proscrits au profit d’une sagesse qui implique avant tout des actes porteurs de valeurs simples comme le courage, le sens du sacrifice et l’amour de son prochain. La détention d’un grand pouvoir comme arme potentielle contre l’ennemi est d’ailleurs vivement brocardée, montrée uniquement comme source de désolation et de souffrance. Cet angle de vue est incarné par une séquence terrassante où un personnage phare du récit, faisant usage de ses facultés nouvellement acquises face aux Skeksès, acquiert une apparence terrifiante qui semble le déposséder de son essence véritable. En cela, Age Of Resistance établit une jonction avec la série animée The Last Airbender, autre Avatar définitif et sublime du genre où le héros Aang, être de bienveillance et d’innocence pure, se voyait transfiguré par l’utilisation de son « Avatar State ». Cette débauche de folie destructrice le conduisait à devoir renier ses valeurs profondes et le coupait de ses proches tout comme de son rapport originel au monde qui l’entoure, par essence pacifique et serein. La solitude consécutive du personnage en question dans Dark Crystal après son « morceau de bravoure » est à cet égard édifiante.

Dans Age Of Resistance, le véritable héroïsme ne se situe donc pas à un niveau de réalité terrestre et concret. La série, dans la mouvance du Seigneur des Anneaux, scande une philosophie de communion avec les autres et la force cosmogonique de Thra qui les entoure et les meut. Dans leur quête de rétablissement d’un équilibre cosmique, les personnages, dépossédés de la force brute nécessaire pour contrer les forces du Mal, se contentent d’autres moyens d’ordre spirituel et porteurs d’espoir tandis que l’entité supérieure sera seule garante de l’issue finale. D’où la réintroduction de deus ex machina narratifs qui ne sont jamais que d’autres manifestations de cette présence divine, qui viendront providentiellement en aide aux protagonistes dépassés par l’ampleur de leur quête et de leur combat. Sans spoiler ces événements, l’on se contentera de rappeler que Frodon et Sam ne devaient leur victoire finale qu’à des interventions relevant de la Chance ou du Hasard, qui ne sont jamais que d’autres étiquettes pour qualifier la prise en main du destin du monde par une entité démiurgique. En faisant preuve de noblesse d’âme du début à la fin, il se voyaient récompensés. D’où également l’importance primordiale accordée aux instants de pause narrative consacrés à la représentation indicible mais tangible de Thra au travers des rituels collectifs précédemment cités.

Dark Crystal : Age Of Resistance constitue donc un projet faramineux qui pourra contenter aussi bien les aficionados de J.R.R Tolkien que ceux de G.R.R Martin, ainsi que de leurs extensions cinématographiques ou télévisuelles respectives. Naviguant allègrement entre les deux tendances et donc des thématiques et approches du genre essentiellement différentes, la série Netflix accomplit une prouesse qui n’était peut-être pas consciente dans le chef de ses showrunners, qui est de s’imprégner de tout un patrimoine contemporain d’heroic-fantasy afin d’en offrir une synthèse universelle. Lannonce d’une saison 2 ne doit cependant pas appeler à un enthousiasme excessif, tant la direction plus mythologique prise par la série dans sa deuxième partie ne semblait pas vraiment appeler à de pertinents développements ultérieurs. Soyons optimistes et parions sur le fait que Leterrier, ici plus inspiré qu’il ne l’a jamais été au cinéma, saura continuer à explorer d’autres facettes de son univers plutôt que d’en épuiser instantanément le potentiel.

[Dossier] Dark Crystal : heroic-fantasy synthétique – Partie 1

A l’origine, le film The Dark Crystal de Jim Henson et Frank Oz sorti en 1982 fait déjà office de petit contrebandier au sein de la production hollywoodienne des eighties, dont l’esthétique clipesque entérine une vague de films de SF et d’action qui privilégient rythme véloce et spectacle tonitruant. Le film se démarque par le déroulé de sa narration, languissant et méditatif, mais également par le choix de marionnettes l’inscrivant davantage dans le merveilleux et le conte. Cependant, le métrage ne doit pas être considéré comme une exception isolée et s’intègre en réalité à un petit corpus de propositions de pure heroic-fantasy. On pourra citer, pèle-mêle, L’histoire sans fin de Wolfgang Petersen, Conan le barbare de John Milius, Legend de Ridley Scott ou encore Ladyhawke de Richard Donner. La venue d’un préquel sur Netflix, Age of Resistance, sous forme de série de 10 épisodes, paraît encore plus saugrenue et donc rafraîchissante dans le contexte cinématographique hollywoodien actuel. Elle situe son histoire des années avant le film d’Henson où le monde est dominé par les terribles Skeksès. Les Gelflings, alors en grand nombre et scindés en plusieurs tribus, entament une quête pour susciter un mouvement de résistance et sauver le monde de Thra.

Ce qui frappe d’emblée avec Age of Resistance, c’est la reprise à l’identique des animatroniques qui permet en 2019 de garder et surtout sublimer le cachet inimitable du film d’origine. Le recours aux fonds verts et aux incrustations numériques a été réduit au minimum dans le but de préserver une authenticité brute, un caractère “fait-main” et artisanal plus pertinent que jamais au milieu de l’amas informe et purulent du tout digital qui gangrène le cinéma de genre américain. Assez miraculeusement, on oubliera très vite que les personnages principaux de l’intrigue sont des automates animés manuellement tant leurs mouvements sont fluides et leurs faciès expressifs.

De plus, l’heroic-fantasy est un genre au final très peu représenté au cinéma contrairement à son exploitation dans les domaines littéraire et vidéoludique. C’est en cela aussi que la série, sorte de synthèse de toutes les grandes propositions post-2000 du Seigneur des Anneaux à Game of Thrones, est susceptible de contenter les blasés du CGI et du numérique à tout craint comme les adorateurs d’un imaginaire inépuisable.

La volonté est en effet manifeste de la part des créateurs d’apposer à l’œuvre une ampleur et une générosité romanesques que n’aurait pas reniées un Tolkien. Les rites, coutumes, langues et autres distinctions ethnologiques entre peuplades sont magnifiées par une direction artistique gorgée d’infimes nuances. Tant de minutie dans le rendu des décors et maquettes miniaturisées, mais plus encore dans la caractérisation anthropologique des différentes races et créatures, laisse pantois. Des séquences d’exploration éthérées à l’instar de jeux vidéos comme The Elder Scrolls permettent de saisir tout le foisonnement d’une faune et d’une flore merveilleusement typées : ils n’ont d’autre visée que d’offrir des instants de pure contemplation esthétique.

La musique d’ascendance celtique et classique combine le violon, les tambours, la cornemuse et les chants traditionnels afin de sublimer batailles, moments d’émotion intime et autres grandes effusions lyriques. Cette multiplicité sonore participe également de cette richesse descriptive et ces ambitions démontrent qu’il ne s’agit pas d’instrumentaliser l’univers originel dans un geste putassier, mais bien de l’approfondir et de répondre à la fonction première de l’heroic-fantasy. À savoir recréer de toutes pièces un macrocosme fantasmé et lui conférer une texture palpable et crédible.

Cependant, toute cette perfection technique ne pouvait se suffire à elle-même et se devait de supporter des intrigues et thématiques puissantes. Loin de se cantonner à l’hommage propret, bien exécuté mais sans âme, les showrunners (avec en tête de file, l’improbable Louis Leterrier) combinent le meilleur des entrées contemporaines. Les intrigues familiales shakespeariennes au sein des mêmes clans, pétries de jalousie, de luxure et de soif de pouvoir, convoquent les grandes heures de Game of Thrones. Le manichéisme est perpétuellement évité avec par exemple la princesse Seladon, l’une des trois filles de la reine des Gelflings.

Via une écriture qui prend bien soin de justifier la trajectoire psychologique, les doutes, les errements puis les coups de sang du personnage, Dark Crystal établit inconsciemment un parallèle d’une ironie mordante avec celui de Daenerys Targaryen. En l’espace de quelques séquences de brimade efficaces et directes parcimonieusement disposées dans la narration sur trois épisodes, le revirement du personnage apparaît plus convaincant que celui d’Emilia Clarke sur huit saisons et s’impose comme une petite leçon d’écriture à l’encontre de Benioff et Weiss.

Il en va de même pour la représentation des Skeksès. Si l’impuissance des Gelflings face à ces êtres réellement terrifiants est sans cesse évoquée par la contre-plongée et des jeux d’échelle parfaitement gérés, la réalité de leur condition est au final plus nuancée et permet là encore d’éviter une dichotomie rigide vertueux Gelflings/abominables Skeksès. La majorité d’entre-eux se révèle certes moralement très douteuse, mais leurs excès et atrocités sont commis sous l’égide d’un ultra-libéralisme parfois destructeur propre à nos sociétés occidentales. Leur exploitation du Cristal en question apparaît dès lors comme un miroir certes déformé et accentué, mais sans appel, d’une tendance à exploiter égoïstement les ressources et dénier leur partage équitable au plus grand nombre.

Par ailleurs, leurs aspirations n’ont rien à voir avec la seule volonté de puissance et de domination totalitaire du monde d’un Sauron : ils cherchent avant tout à résoudre l’énigme de la vie éternelle, obsession de la mortalité qui travaille chacun d’entre-nous. Les Skeksès ne sont donc pas dépeints comme l’incarnation d’un Mal ontologique absolu mais bien comme des êtres faillibles, comme le sont par ailleurs les Gelflings eux-mêmes en regard du destin de Seladon cité plus haut. Bien sûr, la tradition du genre suppose une scission claire entre forces lumineuses et forces obscures et jamais le spectateur n’aura de doute quant à l’appartenance de tel ou tel personnage à l’un ou l’autre camp. Mais cette tendance à donner à chacun des raisons palpables d’agir à l’encontre de l’éthique sous le poids de la tradition, des liens du sang ou de la nécessaire pérennité d’une espèce se place dans la droite lignée de Game of Thrones.

Elle témoigne également d’une fidélité à toute épreuve au matériau d’origine dont la série constitue un prolongement thématique naturel. On apprenait ainsi dans le film de 1982 que les Skeksès et les Mystiques constituaient les deux parties essentielles d’un seul être unique. Luxure et ascèse, fourberie et droiture, lâcheté et bravoure… Les deux faces d’une même pièce sont constamment indissociables dans la série Netflix et le métrage d’Henson était déjà tout imprégné de cette philosophie très Yin et Yang. Cet évitement du schématisme primaire n’est pas la seule dimension de la série HBO que l’on retrouve dans Age of Resistance.

Le show ne ménage par exemple pas le spectateur avec des moments d’une brutalité et d’une violence graphique confondante. Les exactions commises par les Skeksès sont représentées frontalement, bien davantage que dans le SDA où même les actes les plus barbares comme le massacre de villageois par les forces de Saroumane paraissent pâles et aseptisés en comparaison. Cette absence de compromis paraît d’autant plus sidérante qu’elle prend racine au sein d’une esthétique qui semblait de prime abord privilégier le conte innocent principalement destiné aux plus basses tranches d’âge.

Les éruptions subites de sauvagerie, parfois situées à la lisière de l’horrifique pur, rappellent la série animée japonaise Made In Abyss dont les excès contrastaient de manière vertigineuse avec la rondeur et la douceur des traits de visage et du coup de crayon global, naïf et coloré. Le monde de Thra tient au final bien davantage de Westeros que de la Terre du Milieu, sorte de moyen-âge alternatif impitoyable où la mort n’épargne personne. A l’instar de la série phare de Weiss et Benioff première manière, les différents personnages sont donc soumis à de réelles épreuves, d’une implacable cruauté. Rien ne leur est épargné et leur existence apparaît comme bien fébrile.

Contrairement aux héros du SDA pensés avant tout comme des figures homériques et donc des demi-dieux dotés de capacités étourdissantes, une épée de Damoclès semble flotter au-dessus de chacun d’eux et est à tout moment susceptible de s’abattre sur leur destin. Chaque décision ou choix stratégique entrepris trop impulsivement sous le coup d’affects irrépressibles pourra s’avérer fatal à des degrés divers (R.I.P. Robb Stark). Leterrier et son équipe ont eu le bon goût de ne retenir de la saga que ce qu’elle apportait de singulier dans le paysage de l’heroic-fantasy, à savoir une approche beaucoup plus réaliste et terre-à-terre du genre. C’est justement ce qui avait provoqué la fureur des fans de GoT qui tout à coup voyaient des êtres friables se muer subitement en super-héros increvables. Age of Resistance n’hésitera donc pas à sacrifier des caractères phares de son récit dans l’optique de générer un lien véritablement empathique entre eux et un spectateur constamment anxieux de leur sort.

Ces nombreux parallélismes permettent déjà de saisir en partie en quoi Dark Crystal est un exemple parfait de synthèse intelligente et aboutie des productions les plus récentes en la matière. Cependant, bien des aspects restent à aborder dans le cadre de cette oeuvre foisonnante. Elle fera donc l’objet d’une deuxième partie de dossier consacrée cette fois au travail de caméra et de mise en scène ainsi qu’à un message profondément moral tout droit hérités de la trilogie de Peter Jackson. À très vite !